L'ouvrage Neuf Mois au Paradis d'Alfred Tomatis, dans la section "Quand le fil est rompu - Essai sur l'autisme", propose un examen stimulant des racines potentielles de l'autisme dans les ruptures de communication précoces. Cet extrait explore le lien entre les premières actions indépendantes d'un enfant - comme descendre un escalier - et l'apparition de la parole, tout en proposant que l'autisme puisse découler de liens maternels perturbés, en particulier autour de la naissance. Tomatis critique également les approches médicales et psychologiques dominantes, suggérant la nécessité d'une redéfinition. Ce billet résume ces idées, y compris une perspective NeuraSonic moderne, en soulignant l'interaction complexe des influences prénatales et postnatales.
L'escalier, un tournant
Tomatis identifie un indicateur comportemental significatif chez les enfants autistes : la décision de descendre les escaliers de manière autonome précède souvent l'apparition du langage. En règle générale, ces enfants montent les escaliers, une action qu'il compare à l'entrée dans le ventre de la mère, tandis que la descente symbolise la sortie, une métaphore de la naissance. Cette observation est apparue lors d'une consultation avec un enfant autiste montrant des signes d'amélioration, où les schémas auditifs reconstruits ont alimenté l'optimisme. Huit jours plus tard, l'enfant a descendu des escaliers pour la première fois, avant de les remonter à reculons, stupéfiant sa famille. Tomatis interprète cela comme une ambivalence - désirer la naissance tout en résistant à la sortie de la "grotte" de l'utérus, une tension récurrente dans l'autisme.
Cette ambivalence reflète un tiraillement psychologique, où l'enfant oscille entre l'engagement dans le monde et le repli sur un état prénatal. L'événement de l'escalier, bien que subtil, suggère un changement de développement critique, liant le mouvement physique au potentiel linguistique.
Le spectre diversifié de l'autisme
Tomatis affirme avec audace que les enfants autistes peuvent se rétablir, remettant en cause le pessimisme de certains neurologues. Il note que le terme "autisme" englobe environ 35 maladies distinctes, souvent contradictoires, et que seuls 30 % des enfants diagnostiqués correspondent au profil classique. Cette situation rappelle l'ère pré-Laennec, où toutes les maladies pulmonaires étaient regroupées jusqu'à ce qu'elles soient différenciées en tuberculose, pneumonie et pleurésie. De même, l'application générale de l'autisme aux enfants non verbaux ou souffrant de troubles de la communication peut occulter d'autres causes - immaturité neurologique, lésions ou affections non diagnostiquées - en raison d'une compréhension limitée.
Les diagnostics avancés tels que les EEG, les scanners et les tests donnent souvent des résultats normaux, ce qui conduit certains à émettre l'hypothèse d'une origine microscopique ou génétique. Tomatis rejette cette hypothèse, estimant que le véritable autisme résulte de réactions psychologiques à des expériences précoces, et non de défauts organiques. Cette perspective critique le passage de la responsabilité psychanalytique des mères à des théories neurologiques ou endocriniennes, préconisant une approche plus nuancée.
Le rôle de la communication maternelle
Tomatis situe l'origine de l'autisme dans une rupture de communication avec la mère, généralement au moment de la naissance. Cette rupture peut résulter d'un accouchement difficile, d'un environnement familial hostile, d'un désaccord paternel ou d'un traumatisme maternel - tel qu'un deuil - qui perturbe le lien initial. Si le nouveau-né tombe malade et est hospitalisé, la séparation peut aggraver la rupture, l'enfant risquant d'en vouloir à sa mère et de rompre le dialogue. Même dans les familles stables, des cas d'autisme inattendus se produisent, ce qui suggère que des événements mineurs, passés inaperçus, peuvent déclencher cette maladie.
Il conteste l'accent psychanalytique culpabilisant mis sur les mères, arguant que leur transformation en tant que parents - hormonale, physique et psychologique - modifie la dynamique familiale avant la naissance. Les influences modernes telles que la garderie, l'école et la télévision compliquent encore la situation, rendant l'éducation des enfants de plus en plus difficile. Tomatis préconise de soutenir les enfants autistes plutôt que de disséquer les défauts des parents, reconnaissant ainsi la fragilité des débuts de la vie.
Impacts psychologiques et comportementaux
La rupture du lien maternel rompt le sentiment que l'enfant a de lui-même et de son corps, ce que Tomatis met en équation. Cette déconnexion perturbe la dynamique vestibulaire, altère la coordination des mouvements - distinguer la droite de la gauche ou atteindre la verticalité - et interrompt le développement du langage. L'enfant autiste se divise en deux "moi" non communicants, perdant l'intégration du mouvement et du sens, se réfugiant dans la musique et les sensations plutôt que dans le dialogue.
En revanche, la schizophrénie, dont l'origine est intra-utérine selon Salk, diffère du déclenchement postnatal de l'autisme. Les autistes présentent des tendances paranoïaques, punissant une faute maternelle imaginaire par un retrait persistant, tandis que les schizoïdes - actifs, semblables à des oiseaux et en lévitation - absorbent les problèmes maternels in utero. Par exemple, une fille, rejetée après l'échographie parce qu'elle n'est pas un garçon, développe une schizophrénie après avoir perdu l'amour maternel, grimpant sur les meubles pour recharger son énergie. Les autistes, qui ressemblent à des singes et sont silencieux, reflètent une pathologie distincte.
Causes et malentendus
Tomatis illustre les déclencheurs potentiels : la déception d'une mère à la naissance, une grossesse non désirée ou l'isolement d'une jeune mère peuvent rompre la communication. Le fœtus, sentant le rejet, peut traiter l'enfant comme un objet, bloquant ainsi l'entrée du langage. L'enfant peut également mal interpréter l'isolement médical ou les actions de la mère, ce qui favorise l'abandon et l'autisme. Ces "mille petits riens" mettent en évidence l'imprévisibilité des influences précoces.
La remarque de NeuraSonic note que cet article, daté dans ses réflexions, a fait l'objet d'une critique. Les travaux de Frances Tustin suggèrent que l'autisme pourrait résulter d'une séparation avant la différenciation psychologique mère-enfant, offrant ainsi une alternative à la théorie de Tomatis centrée sur la naissance. Cette évolution de la compréhension souligne la poursuite des recherches sur les mécanismes de l'autisme.
Implications thérapeutiques
L'approche de Tomatis privilégie l'intervention plutôt que le blâme, en utilisant la thérapie auditive pour rétablir la communication. L'étape de l'escalier suggère qu'un soutien ciblé peut débloquer la parole, tandis que sa critique de l'excès de diagnostic appelle à des définitions plus claires. La distinction entre l'autisme et la schizophrénie, liée à la chronologie et au tempérament, favorise les traitements sur mesure, même s'il reste difficile d'en déterminer les causes.
Neuf Mois au Paradis présente l'autisme comme une fracture de la communication, enracinée dans la fragilité du lien maternel. Cet héritage, enrichi de perspectives modernes, invite à une exploration plus poussée des soins prénataux et postnataux.
Référence : Tomatis, Alfred. Neuf Mois au Paradis : Histoire Prénatale. Disponible à l'adresse : https://www.amazon.com/Neuf-mois-paradis-Histoire-pr%C3%A9natale/dp/B003Z0POV2.